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Date : lundi 2 janvier 2012
Lieu : Deception Island - Iles Shetland du Sud
Auteur : Romane
Pour : tous les partenaires de la Fondation et tous ceux qui nous envoient des messages
Il faut s’y résoudre, bien malgré nous. Mais l’aventure touche à sa fin. Ca y est, nous avons laissé derrière nous l’Antarctique pour repartir vers Ushuaïa. Encore une journée de mer et ce sera la fin de cette expédition impossible à qualifier tant les mots manquent pour décrire ce que nous ressentons après avoir vécu tous ces moments inoubliables. Ce matin nous avons salué cette partie du monde en nous arrêtant sur l’île de Deception Island, dans les Shetland. Un paysage sorti des entrailles de la terre. Après le blanc des glaces nous avons foulé une plage de sable noir au cœur d’une caldera, le haut d’un volcan jaillissant dans l’océan. Le Grand Sud nous aura donné une dernière photo de lui dans les habits bien connus de tous les aventuriers qui ont tenté leur chance ici. Un vent soufflant très fort, de la neige en rafale qui nous empêchait d’avancer dans le brouillard, des sentiers pentus qu’il fallait gravir dans le froid et l’humidité. En fait, une certaine idée du bonheur. Car dans ce décor de fin du monde, nous avons pu retrouver les manchots à jugulaire avec leur liseré noir sur le cou, marchant à côté des petites mousses fragiles, l’unique flore qu’on trouve dans ces îles perdues. Un trésor qui met des années à se constituer au cœur du climat chaotique qui régit cette partie du monde. Cela nous démontre à quel point les écosystèmes et les animaux qui vivent ici font preuve d’une incroyable capacité d’adaptation. Leur simple existence tient du miracle.



Sur le chemin du retour, nous avons fait dans l’après-midi une dernière halte. Le ciel était plus clément qu’à Deception Island. Et nous avons été accueillis par des centaines de manchots, des éléphants de mer, des icebergs, comme un résumé de notre périple.
Nous sommes tristes, mais nous savons que l’aventure ne fait que commencer. Dès la semaine prochaine, nous commencerons en effet notre tournée dans les écoles. Nous avons hâte.
Je vous embrasse,
Romane
Crédits photographiques © Maud Fontenoy Fondation / Yann Fontenoy
Date : dimanche 1er janvier 2012
Lieu : sur le continent Antarctique
Auteur : Emilie
Pour : le commandant de l’Austral, Jean-Philippe Lemaire
Alors voilà à quoi ressemble le Grand Sud : d’immenses montagnes de glaces qui se jettent dans la mer, des plaines blanches à perte de vue et l’océan interminable jalonné d’icebergs de toutes tailles d’où jaillissent les souffles des baleines. Vous l’aurez compris, l’Antarctique est sans doute le Continent le plus impressionnant que nous ayons jamais vu.



Commencer l’année ici est évidemment une grande première pour chacun d’entre nous. Nous avons encore du mal à réaliser. Dès l’aube, en me levant, j’ai été submergée par l’image de puissance que renvoyait l’épais mur de glace qui faisait face à ma fenêtre. Puis nous avons embarqué vers la terre. Le zodiac se faufilait dans les glaces, son pilote fixant son chemin d’un regard concentré. Un débarquement les pieds dans l’eau et le grand moment : après la banquise hier, nous avons foulé pour la première fois le sol du Continent blanc. Enfin ! Combien de fois avons-nous imaginé ce moment si particulier ? Dès la plage peuplée d’une petite colonie de manchots papous, nous nous sommes engagés sans attendre en file indienne sur un chemin qui nous menait jusqu’à un promontoire. De là-haut, nous savions que nous allions pouvoir admirer la baie de Neko, là où notre bateau avait établi son mouillage. Mais cette vue hors du commun avait un prix. Au beau milieu de la pente raide, les pieds enfoncés dans le matelas neigeux, j’ai bien failli abandonner. J’ai fondu en larmes. Mais j’ai finalement décidé de me dépasser pour aller jusqu’au bout. Je voulais que Maud soit fière de moi alors j’ai repris ma route même si je pensais que je n’y arriverai pas. Une fois en haut, épuisée, j’étais tellement heureuse ! Quel sentiment extraordinaire… Jamais je n’avais contemplé de mes yeux des glaciers se jetant dans la mer. Ce fut ma récompense. J’avais déjà vu de telles images dans des films à grand spectacle. Mais tout cela est tellement en dessous de la réalité !
Dans la foulée de nos inoubliables premiers pas, nous avons repris la mer. Sur notre route, des baleines à bosse se sont approchées à proximité du bateau. Nous avons pu les observer comme jamais, nageant ou sautant hors de l’eau. Je ne pensais pas que ces animaux étaient aussi grands, puissants et gracieux à la fois. Il faut les voir courber leur dos pour sonder. Ce sont des mammifères extraordinaires qui peuvent mesurer plus de 15 mètres. A cette période de l’année, les baleines à bosse frayent dans les eaux froides de l’océan pour constituer leurs réserves alimentaires et pour cela, elles peuvent avaler plus de 30 000 litres d’eau d’une traite qu’elles filtrent avec leurs fanons pour récupérer le krill et le plancton dont elles se nourrissent. Après cette étape primordiale dans leur cycle de vie, ces grandes voyageuses partiront vers le Nord et les mers plus chaudes pour donner naissance à leurs petits. Un périple de plusieurs milliers de kilomètres, immuable, rituel, mystérieux.




Sous le soleil de l’été austral, nous avons ensuite remonté Paradise Bay, une baie sublime au cœur d’un couloir de sommets immaculés qui se reflétaient dans le miroir de l’océan apaisé. A bâbord, quatre hommes nous ont alors offert notre première rencontre humaine en ce Continent de glace. Les bras levés, sautant en l’air, ces scientifiques qui vivent sur une base chilienne perdue au pied des montagnes ont salué le passage de l’Austral en agitant fièrement le drapeau de leur pays. Le contact de l’autre, si rare en ces contrées, prend une valeur inconnue pour nous jusque là.
Les premières bases scientifiques ont été construites en 1954 en Antarctique. Elles étaient françaises et australiennes. Aujourd’hui 1500 personnes y vivent en permanence et 5000 l’été. La population d’un grand village pour un continent grand comme 25 fois la France !
Puis, après cet échange furtif mais intense, nous avons retrouvé la terre et vu de nos yeux des blocs imposants se décrocher des glaciers et tomber dans la mer. Un effondrement d’une violence inouïe et là encore une image à jamais gravée dans nos souvenirs.
De retour sur l’Austral, nous avons discuté avec quelques compagnons d’aventure. Et nous en étions tous convaincus : il faudrait amener ici, en Antarctique, tous les plus importants pollueurs de la planète, leur faire découvrir tout ce qui nous émerveille. Et nous sommes sûrs que ces émotions gigantesques pourraient au moins les pousser à s’interroger eux-aussi sur la préservation de ce patrimoine fabuleux. Comme elles font de nous, plus que jamais, des Ambassadeurs de la biodiversité.
A demain pour la suite de nos aventures ! (Et bonne année à tous !)
Je vous embrasse,
Emilie
Crédits photographiques © Maud Fontenoy Fondation / Yann Fontenoy
Date : samedi 31 décembre 2011
Lieu : sur le continent Antarctique
Pour : toute l’équipe de naturalistes de l’Austral
Bonsoir à tous,
Il y a des jours dans une vie qui restent gravés comme des instants indélébiles. Voilà pourquoi, en ce 31 décembre, nous avons tenu à rédiger notre journal de bord quotidien à quatre. Par où commencer pour raconter ces 24 heures qui ont changé notre perception du monde, nous ont nourri d’émotions tellement intenses, tellement magnifiques que certains d’entre nous en ont pleuré ? Peut-être par la toute première image qui a accompagné notre réveil. Il était un peu plus de 5 heures du matin et derrière les fenêtres de nos cabines, nous avons découvert un paysage d’exception : les glaces de la Péninsule antarctique entourant l’Austral. Ca y est ! Nous y sommes enfin arrivés. Le continent blanc s’offre à nous. A peine le temps d’intégrer cet instant fabuleux que nous sautons dans un zodiac pour

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Cela est aussi un message d’espoir en tant que jeunes sourds. Nous sommes fiers de participer à une telle aventure. Et nous avions préparé pour l’occasion un drapeau représentant le signe ‘’Je t’aime’’ que nous avons brandi sur la banquise à côté de celui de la Maud Fontenoy Fondation. Car nous avons plus que jamais appris à l’aimer notre planète Terre. A la comprendre aussi. Peu de temps après notre débarquement, alors que nous admirions les manchots Adélie qui glissaient sur le sol blanc, nous avons dû repartir vers le bateau.


Car les plaques de glace s’aggloméraient, enfermant notre zodiac comme dans un piège. La nature ne se gagne pas facilement. Et nous en avons eu une preuve nouvelle lorsque dans les heures suivantes, le bateau a gité vers tribord poussé par des vents à plus de 100 km/h ! C’est dire si cette région est extrême… Tous nos débarquements à terre ont alors été annulés.



Puis un rayon de soleil a percé les nuages, faisant briller le blanc et le bleu des immenses icebergs tabulaires que nous croisons sur notre chemin. Quand, d’un coup, s’est répandue dans le bateau l’annonce que nous attendions depuis si longtemps : deux baleines à bosse nageaient à l’avant du bateau. Comme un seul homme, nous nous sommes rués sur les ponts extérieurs. Certains de nos compagnons de routes criaient. Tout le monde était impatient. Et là, avec les icebergs en toile de fond, nous avons eu la chance de voir à quelques mètres seulement de nous deux magnifiques cétacés en train de se nourrir. Leur souffle si près, leurs immenses nageoires qui leur donnent des airs d’oiseau gracieux… Julia nous a dit qu’elle comprenait désormais ce que l’expression sauter de joie signifiait. Romane a pensé très fort à sa mère qui lui avait promis que ce serait l’une de ses plus belles émotions, elle qui l’avait déjà vécu au Canada. Benjamin nous a dit qu’il était tombé amoureux de cet animal quant Emilie a souligné à quel point ce moment était précieux. Qui nous dit que nous le revivrons un jour ?
Les larmes de ceux qui nous guident dans cette aventure, leur enthousiasme mêlé au nôtre, les récits de Maud quant à ses souvenirs de navigatrice et ce lien à la nature qu’elle a créé au cours de ses aventures, son amour des océans… Tout cela, par cette seule image de deux baleines nageant au milieu des icebergs a pris un sens concret et extraordinaire. Nous comprenons aussi la passion communicative des naturalistes qui nous offrent des heures magiques sur ce bateau.
Aujourd’hui nous sommes heureux. Ce jour restera pour nous tous comme l’un des plus beaux de notre vie. Les mois de travail, le mal de mer des débuts, les difficultés à surmonter valaient bien ces quelques instants de grâce qui nous ont permis de réaliser deux de nos plus grands rêves.
Et c’est avec l’image de ces baleines porteuses d’espoirs, de ce continent encore préservé que nous quittons 2011 et nous projetons vers 2012. Qui pour nous commencera dans quelques heures sur le continent Antarctique.
Bonne année à tous !
Nous vous embrassons,
Les Ambassadeurs de la biodiversité de la Maud Fontenoy Fondation
Date : vendredi 30 décembre 2011
Lieu : à proximité de l'Antarctique
Auteur : Romane
Pour : l’équipage de l’Austral
Décidément, cette expédition dans la magie du Grand Sud nous offre chaque jour des instants de grâce. De grandes premières qui nous marqueront à jamais. Cet après-midi, au beau milieu de nulle part, une immense forme blanche a jailli devant le bateau, comme une gigantesque sculpture blanche déchirant le ciel et le gris des eaux australes.




Tous ensemble, nous nous sommes rués sur les ponts extérieurs du bateau pour contempler ce vaisseau furtif et éphémère. Et quelques heures après, j’ai encore du mal à croire ce que nous avons vu. J’en étais bouche bée. On aurait dit que la mer caressait délicatement les parois blanches de l’iceberg. Quelques petits manchots noirs étaient également visibles sur la glace. Quel spectacle !
Pour croiser ce géant immaculé, l’Austral, notre navire, s’est tenu à bonne distance. Car les icebergs sont imprévisibles. La partie émergée – celle que l’on voit au-dessus de l’eau – ne représente que 11% de la surface totale de ces immenses blocs blancs. Ce qui veut dire que près de 90 % de leur surface sont sous l’eau donc invisibles. Comme à chaque fois, cela m’a donné envie de plonger pour observer ce que nous ne pouvons voir. Mais il faudrait avoir le courage ou l’inconscience d’affronter l’eau extrêmement froide qui nous entoure.
Par chance, aucun d’entre nous ne souffre du mal de mer. Pour profiter du répit que nous offrent ces journées de navigation, nous nous sommes attaqués à la réalisation d’une banderole : notre bonne résolution pour 2012 pour la planète. Ce sera notre engagement d’Ambassadeurs de la biodiversité de la Maud Fontenoy Fondation. Soyez patients ! Nous vous la dévoilerons très vite.


En tout cas, le temps s’écoule ici sans montre ni agenda. Mais nous savons que demain nous basculerons dans une nouvelle année. Imaginez ce que ça représente pour nous : passer le Nouvel An au milieu des icebergs…
Cette aventure est extraordinaire. L’accueil qui nous est réservé sur le bateau ne l’est pas moins. Deux mondes se rencontrent. Et au-delà de tout ce que nous apprenons, nous sommes sur les bancs d’une école de la vie incroyable où ceux qui voyagent avec nous ont soif d’en savoir plus sur la langue des signes. Cela nous touche beaucoup et apporte encore plus d’eau au moulin de nos émotions.
A demain pour la suite !
Je vous embrasse.
Romane
Crédits photographiques © Maud Fontenoy Fondation / Yann Fontenoy

